une bouchée quotidiennement

« La poésie est un four à brûler le réel »
Pierre Reverdy


une bouchée quotidiennement au désert
rompt le pain des pierres
comme si la faim
ouvrait un visage vide
paupières au large
et le courbait vers les espaces époumonés
fous

le nom limé incolore
brûle l’œil
les sables
la blancheur poussiéreuse intacte
d’une mer obscure pacifique dure
bue jusqu’à la lie
tirée à terre

instable archive déjà
fracture
d’avance meurtrit la lumière
qui allait comme un soc
par les graines les nids
la matière fraîche démontée de la vie
mouillée
de sève
ébrouée
ivre

matin sans bruit
distribue ses tessons
ce froid
si bref sans empreinte
ni trace
ni souffle
ni réfraction : une énigme

givre bleu à son aube miniature
masque insondable
toutes radicelles écoulant un lait
comme l’eau plus clair encore
avec des linges blancs
des sucs de néant centuplé
martelé
indélébile

arbres fleurs
contre le front dans l’ombre
où ce dépôt à blanc
léger
dans sa blancheur réservée
scintille
dormant à pleins yeux

 

Pour Zachary, 17 mai 2018

 


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 juin 2018
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